Principes de la diététique taoïste

Principes de la diététique taoïste



L'ALIMENTATION

Les principes et indications alimentaires de cette page exposent "une voie moyenne" de la diététique taoïste, convenant au plus grand nombre. Les indications et conseils concernant la diététique thérapeutique sont tous issus du SU WEN et du LING SHU.

Divinité de la santé Huang Da Xian 黃大仙



L'alimentation est yin (matérielle) par rapport à la respiration, yang. Elle est constituée de solides et de liquides, eux-mêmes plus ou moins Yin ou Yang. Ces produits étant des créations du Yin-Yang universel, ils en contiennent l'essence et la transmettent quand ils sont absorbés et assimilés. C'est pourquoi il est important de se nourrir d'aliments apportant les essences énergétiques Yin et Yang les plus pures, mais aussi les mieux adaptées au contexte particulier du Yin-Yang de l'organisme humain.
Ce qui forme les aliments n'est pas autre chose que ce qui forme toute chose : un mouvement de création et de destruction permanent associant Matière et Énergie. Ce mouvement peut être aussi celui de la croissance et du dépérissement, dans le cas d'éléments nutritifs, et c'est bien pourquoi leur fraîcheur biologique est essentielle. Mais il y a aussi une autre fraîcheur à considérer:

- Le Yin pur et le Yang primordiaux engendrent le Cosmos, le Ciel et le Sol. Le Sol et le Ciel engendrent, par ordre de complexité (car la création va du simple au complexe, du un au multiple), les composés gazeux, les liquides (essentiellement ce que l'homme appelle l'eau), les minéraux, les végétaux, les animaux, les humains... Se nourrir d'air (Yang ) et d'eau (Yin) est donc se nourrir de ce qui est le plus proche des énergies originelles les plus pures.

- Les végétaux naissent directement de l'action du Ciel sur le Sol, leur énergie est pratiquement pure. Les animaux se nourrissent de végétaux ou d'autres animaux, eux-mêmes végétariens ou carnivores, et leur énergie propre est donc moins pure que celle des végétaux. Les humains peuvent se nourrir des animaux comme des végétaux, mais il est certain que ce qu'ils obtiennent en substance et en énergie des premiers est bien moins pur que des seconds. Si ils consomment des animaux carnivores, ils absorbent les résidus d'essences vitales déjà transformées et épuisées, donc très dégradées. Transformées une première fois par des végétaux, puis une deuxième par l'animal les ayant mangés, puis une troisième fois par l'animal qui a mangé l'animal aimant l'herbe, les éléments nutritifs ainsi absorbés sont très pauvres en énergies essentielles, et souvent même plus polluants que nourriciers.

La fraîcheur des aliments signifie donc avant tout dans la conception taoïste la fraîcheur des transformations dont ils sont issus.

Il convient alors maintenant de préciser que des notions telles que le végétarisme ou le végétalisme n'ont pas grand sens pour qui ne crée pas de catégorie artificielle entre le vivant et l'inanimé, entre les différents aspects de la création et du vivant. Toute chose est créée à partir d'autre chose, tout est nourriture et tout est "mangé' un jour. Seuls le Yin et le Yang purs originels ont le non-être pour origine, et toutes les choses contenues dans l'univers ne sont que des transformations de leurs états premiers, engendrées grâce à la nature de ces deux énergies. Ainsi, le vivant advient par une multitude de transformations, et une de ses compositions, la forme humaine, après de plus nombreuses encore. Réduire cela à une question de sensibilité d'une espèce envers certaines autres témoigne d'une attitude dirigée par des concepts moraux, sociaux ou culturels, et non par la conscience de l'unité profonde liant les transformations, les formes et les états. Dans tous les cas, il convient d'être aussi respectueux que conscient de la nature intrinsèque des substances, formes ou êtres dont l'on se nourrit, et de ne pas les percevoir seulement à travers leurs caractères anthropomorphiques ou leurs capacités à émouvoir l'homme.

Repas végétarien d'une nonne taoïste


Non séparé de son environnement, du Ciel et de la Terre, voici quels sont les aliments convenant à la santé de l'homme, selon leur ordre de pureté dans le cycle des transformations :

Pour les liquides

L'eau de pluie (évidemment on parle ici d'eau de pluie idéale, ne contenant aucun polluant, ce qui probablement n'existe plus), des sources de montagne, des puits, des rivières, des lacs. Puis les liquides obtenus par pression, infusion, décoction, macération de végétaux, enfin les liquides animaux (le lait a une place à part).

Pour les solides

L'idéal serait de se nourrir de ce que la nature produit sans que cela ne modifie de manière sensible son propre processus générateur. Ce qui signifie ne lui prendre que des fruits murs, prêts à tomber, les graines, noix et baies sauvages qu'elle produit en surnombre, et ne rien couper ou arracher. Si la nécessité le demande (ce qui bien sûr est le cas depuis longtemps pour l'homme), on prend alors pousses, feuilles, fruits, racines et bulbes là où la nature en produit à profusion. Si cela ne suffit plus, il faut planter et cultiver en s'accordant aux lois du Sol et du Ciel pour s'allier au terrain, l'enrichir et ne pas le vicier ou l'épuiser. Si, enfin, cela ne suffit toujours pas, et que la faim menace, on peut exceptionnellement se nourrir d'animaux, végétariens et sauvages.Tout autre manière de s'alimenter engendre plus ou moins une perte, un déficit dans les apports nourriciers, des déséquilibres internes.
La nourriture doit autant que possible être préparée juste avant d'être consommée, en transformant le moins possible la saveur des aliments par des procédés compliqués de cuisine, et si possible par les convives eux-mêmes.

Se nourrir selon l'âge : l'alimentation, qui apporte énergie et substance, n'est pas la même pour un enfant, un adulte ou un vieillard.
Se nourrir selon le sexe : A certaines périodes de la vie, l'alimentation doit s'adapter aux besoins spécifiques selon le sexe, comme par exemple dans le cas d'une femme enceinte ou qui allaite.
Se nourrir selon la saison et l'environnement : On se nourrit principalement de ce qui est produit à chaque saison dans la région où l'on réside. Là où c'est nécessaire, on fait des réserves pour la saison froide ou les mauvaises années. Se nourrir souvent de produits importés revient généralement à se nourrir d'aliments inadaptés à certains besoins énergétiques, spécifiques aux relations qu'entretient le corps avec le milieu et la saison. C'est fragiliser son énergie vitale en ne développant pas les ouvertures et les fermetures énergétiques aux bons moments. Ainsi, manger beaucoup de fruits rafraîchit le corps et s'accorde aux régions chaudes, mais consommer beaucoup de laitages et de graisses animales permet de résister au froid dans les régions proches des pôles. L'alimentation s'accorde donc à l'environnement, ce qui maintient les équilibres vitaux tout en assurant un développement normal.

L'enfant.

Les nourrissons doivent être nourris les premiers mois avec du lait maternel et non du lait de vache (sauf bien sûr s'il n'y a pas d'autre moyen). Le régime lacté ne doit pas dépasser une période normale de production de lait par la mère, comme pour tous les mammifères. Nourrir les bébés au lait de vache consiste à leur donner le nécessaire pour croître, mais aussi à les obliger à digérer et à assimiler certains composants qui ne conviennent pas à leur organisme. De plus, le lait de vache produit actuellement dans beaucoup de pays contient des hormones, des antibiotiques, des engrais et autres défoliants et substances chimiques. Conséquemment, de plus en plus d'enfants en bas-âge manifestent, entre autres affections, des problèmes digestifs : vomissements, constipations ou diarrhées, développant très tôt des allergies et de graves déficiences immunitaires.
Une vie humaine est aussi un cycle du Yin-Yang, donc des 5 Éléments et des 6 Énergies. En ce sens, naître signifie émerger de l'Eau dans le Feu. De l'interne à l'externe, du Yin dans le Yang. Le lait contient les éléments essentiels de l'énergie du Sol et du Ciel, de l'Eau et du Feu, des Reins et du Cœur en tant qu'agents du Yin-Yang. Blanc et doux, il initie et développe les fonctions de la Rate et des Poumons. Il permet le passage de l'alimentation interne à l'externe, de la nutrition par le cordon ombilical et le liquide amniotique à celles par la bouche, le nez et la peau (solides, liquides et air). Il permet au nourrisson de s'adapter au monde extérieur sans être trop brutalement coupé de son milieu antérieur, l'élément Eau. L'énergie du Bois Yang prend cependant vite le dessus et les besoins en énergie et en substance augmentent vite.
- Les aliments en rapports avec le Bois : les racines, les pousses, les tiges, les végétaux jeunes et frais, favorisent la croissance, apportant les fibres nécessaires et l'énergie Yang céleste.
- Les graines et les fruits en rapport avec le doux et la Terre apportent la substance Yin et favorisent le développement physique et l'épanouissement.
Il convient que les enfants et adolescents consomment peu de plats trop longtemps cuits, de grillades et de fritures, afin de ne pas affaiblir le jeune Yang en eux, ou bien, au contraire, de le surexciter.

L'adulte.

Les adultes ont surtout besoin d'une nourriture adaptée à leurs activités, mais il est cependant toujours bon de suivre des horaires de repas aussi réguliers que possible.
Comme dans bien des domaines humains, si le régulateur externe d'une bonne alimentation est dans le rapport saisonnier qu'à celle-ci avec les cycles des 5 Éléments et des 6 Énergies, le régulateur interne est surtout fonction d'une certaine modération. Cette dernière prend la forme d'un espace vide consciemment entretenu dans les organes digestifs.
- La régularisation externe signifie qu'autant que possible, l'on se nourrit d'aliments transmettant de manière équilibrée les énergies spécifiques des 5 Mouvements et des 6 Énergies, du Yin et du Yang. Pour cela, autant que faire se peut, on associe dans les repas des ingrédients liés aux cinq goûts et aux six énergies, soit pour les 5 Mouvements : l'acide (aigre), l'amer (comme le brûlé), le doux, le piquant et le salé; et pour les six énergies: le Vent, la Chaleur, le Feu, l'Humidité, la Sécheresse, l'Eau. Les 5 Éléments sont aussi dans les 5 couleurs et dans les parties des plantes. Les germes, pousses et tiges sont Bois, le feuillage et les fleurs Feu, les fruits et certaines tubercules et cucurbitacées Terre, les écorces, champignons et les graines Métal, les racines, rhizomes et certains tubercules (aubergine) Eau.
La dynamique étant dans le Yang, ce sont les cinq goûts qui sont mis en avant dans les théories nutritionnelles communément issues de la diététique taoïste. Les 6 Énergies représentent alors les réponses, les manifestations physiques résultantes de l'absorption des cinq éléments par l'alimentation : quand on consomme beaucoup d'aliments Bois, le Vent se manifeste... Cette façon de voir n'est pas incorrecte, cependant il ne faut pas négliger que les classifications des aliments ne se font pas seulement par les cinq saveurs, mais aussi par leurs formes, leurs couleurs, leurs compositions, et leurs terrains d'origine. Il y a aussi ce qui croît ou se développe sous terre, juste au-dessus ou en hauteur, et aussi ce qui est extérieur, intermédiaire (la chair, la pulpe) ou interne.
Harmoniser les 5 Mouvements, c'est donc favoriser le Mouvement saisonnier pendant sa période, ce n'est pas manger toute l'année des proportions équivalentes d'aliments des cinq saveurs. C'est savoir ce qui convient au physique et ce qui convient à l'énergie, toujours selon la saison. Et c'est aussi, quand l'on vit dans une région où la variété des ressources est limitée, ou encore dans des régions non tempérées, rééquilibrer les manques en favorisant certains aliments (mais aussi en adaptant les rythmes d'activité), et éviter les excès par la limitation d'autres. L'hiver, on se nourrit d'aliments qui entretiennent l'énergie, sans chercher à l'augmenter. Physique et énergie subissent alors une privation, c'est le vide saisonnier annuel.
- La régulation interne est en rapport avec le principe central de la théorie évolutionniste taoïste. Toute chose née du vide et c'est du vide qu'est issue l'énergie qui meut l'univers. Le vide avec lequel un taoïste cherche à devenir intime, à fusionner, n'est pas liée au phénoménal, il le précède et l'engendre, c'est pourquoi on l'appelle "le vide", "le non être". Bien que sa nature n'ait donc rien à voir avec les notions d'espace vide ou d'espace plein, dans le concret cependant, le vide ressenti physiquement, la vacance interne, lui permettent de rester au centre des événements. C'est pourquoi il est toujours recommandé, considérant ce principe, d'entretenir une part de vide dans biens des activités humaines. C'est une pratique de modération, extrêmement bénéfique, qui fait que l'on se retrouve toujours heureux d'obtenir moins qu'il n'est possible d'avoir, au mieux d'être toujours malheureux de ne pas recevoir plus ! Dans l'alimentation, cette modération par le vide prend principalement deux aspects : Ne pas manger jusqu'à éprouver la satiété et jeûner régulièrement.
Toujours manger un peu moins que sa faim ou que son appétit, c'est garder un espace vide pour inviter le non-être à prendre place au centre du processus de transformation conduisant les opérations de digestion et d'assimilation. Biologiquement, cela permet aussi tout simplement aux organes digestifs de n'être pas toujours pleins, et donc de ne pas s'épuiser en s'activant sans arrêt pour assurer leurs fonctions. Car si le bol alimentaire remplit complètement l'estomac, celui-ci ne peut se vider complètement, se reposer et renouveler son énergie propre avant la prochaine prise de nourriture. Ensuite, ce sont les intestins qui se retrouvent surchargés et qui n'arrivent plus à assimiler convenablement, d'une part, et à rejeter, de l'autre.
Ne pas manger jusqu'à plus faim est une attitude saine pour le quotidien, mais une autre pratique, toute aussi salutaire, est celle des jeûnes d'intersaisons. A la fin de chaque saison, l'énergie du Mouvement saisonnier lié est normalement épuisée et doit laisser la place à celle du Mouvement saisonnier suivant. On sait déjà que l'organisme reçoit les influx extérieurs d'une part par la respiration, de l'autre par l'alimentation. Mais si les poumons se vident automatiquement à chaque respiration, il n'en est pas ainsi des organes digestifs. Comme ne pas combler l'appétit est salutaire au fonctionnement quotidien des organes, ménager une période de vacance aux fonctions digestives et assimilatrices entre deux saisons est aussi extrêmement bénéfique. Cela permet à l'énergie du mouvement de la saison finissante de se dissiper complètement, dans les tissus et les méridiens, et ainsi de créer un vide du dynamisme que l'énergie de la saison naissante sera amener à combler naturellement. Après un jeûne, la reprise de l'alimentation avec des produits transmettant le nouvel influx saisonnier, permet à l'organisme de s'adapter au changement en douceur.

Longévité


Durées de jeûne les plus couramment pratiquées : 1, 2, 3, 5 ou 10 jours.

Quitter le jeûne avec une soupe harmonisant la Rate (mais, soja, crème de céréale, potiron, patate douce, etc.) à l'heure Si (entre 7 et 9 h du matin), un jour Bois au printemps, un jour Feu en été, un jour Métal en automne, un jour Eau en hiver. Puis ne faire un repas complet que le soir.
Il y a deux méthodes de définition des périodes de jeûne. Certains choisissent les 18 derniers jours de chaque saison, d'autres considèrent les 18 derniers jours du troisième, sixième, neuvième et douzième mois lunaires, car ce sont des mois ou l'énergie de la Terre, Taï Yin, est au centre de l'activité. Les troisièmes mois de chaque saison "lunaire" sont le mois lunaire du Dragon pour le printemps, de la Chèvre pour l'été, du Chien pour l'automne et du Buffle pour l'hiver.

Selon les circonstances et les possibilités que l'on se donne, on jeûne plus ou moins longtemps. Que le jeûne soit court ou long, il convient de le passer dans un endroit calme et propre et dans un environnement aussi simple et naturel que possible. Il est conseillé de réduire l'activité physique au strict nécessaire. On veille aussi à ce que l'attention et l'intérêt ne se portent pas trop à l'introspection, mais plutôt à la perception d'une certaine vacuité interne, d'un vide pas seulement organique, mais aussi lié à la perception que l'on a d'habitude de soi. Le corps comme le mental peuvent être en cette occasion nettoyés de toutes sortes d'impuretés. L'écoute est surtout vers l'extérieur et on perçoit les changements dans la nature.
Un jour de jeûne permet parfois d'éviter que survienne un désordre soudain. Deux jours sont un minimum pour l'énergie, valant un Yin et un Yang. Trois jours valent pour la triade Ciel-Homme-Terre, et sera plus efficace. Cinq jours sont en rapport avec la Terre et offrent une vraie vacance à l'organisme, permettant à l'énergie de Taï Yin de se régénérer et à celles de tout l'organisme de se revivifier. Dix jours sont un cycle des 5 Mouvements des jours (10 Troncs journaliers) et permettent un repos et un renouvellement profond du Yin-Yang de l'homme, au physique et à l'énergie.
Pendant le jeûne, boire normalement de l'eau dont on est sûr de la pureté, et jamais glacée ou très chaude. Boire un peu d'eau bouillie puis attiédie plusieurs fois par jour peu aider à l'élimination des impuretés et au relâchement des viscères.
Enfin, pour ceux qu'un jeûne complet rebute mais qui aimeraient pratiquer une certaine diète, il est possible de consommer une ou deux fois par jour un bol de crème d'un riz complet préalablement légèrement grillé au feu, et de boire des infusions de thym (attention pour ceux qui souffrent de problèmes cardiaques).
Dans tous les cas, que le jeûne soit long ou court, on se réalimente avec mesure, d'abord en petite quantité et avec des produits liés à l'énergie de la Terre, comme le maïs, le soja ou la patate douce, puis en favorisant les nouveaux aliments de la saison qui commence, à mesure de leurs disponibilités.

Les enfants mangent plus souvent que les adultes, mais la régularité des horaires des repas principaux est aussi importante pour les premiers que pour les seconds. Une fois parvenu à l'âge adulte, cette régularité est essentielle à la santé des organes digestifs comme aux processus d'assimilation et de transformation en matière et en énergie. La chronobiologie humaine fait que les organes assurant des taches de séparation, d'assimilation, de stockage et de transport des matières et des énergies résultantes fonctionnent très bien à certains heures, et beaucoup moins bien à d'autres. Cela est bien sûr lié à la circulation de l'énergie essentielle dans les organes, entrailles et douze méridiens principaux, comme on l'apprend dans les écoles de médecine chinoise, mais ce n'est pas seulement cela qui est en cause. Le système complet, physique et énergétique, des processus que recouvre le terme générique de "digestion" est plus complexe, associant plusieurs facteurs contextuels.
Dans la diététique Taoïste, l'énergie de l'alimentation (Gu Qi), une fois associée à celle de la respiration (Ta Qi), engendre deux types d'énergies :

- L'énergie dynamique (Yang), dite nourricière (Yong Qi) circule dans les 12 canaux (méridiens), participe à l'élaboration du sang et est commandée par la respiration, laquelle lui transmet ainsi un cycle Yang externe quotidien des 5 Mouvements. L'énergie externe se transmet ainsi pratiquement immédiatement de l'extérieur à l'intérieur, soutenant l'énergie essentielle. C'est ce que l'on appelle les "six énergies" liées aux heures en médecine chinoise. La priorité de ces énergies n'est pas cependant de soutenir les fonctions digestives, mais d'insuffler et de rythmer l'activité énergétique quotidienne.

- L'énergie matérielle, le sang (Yin), qui circule dans les artères et les veines, et est commandée par l'alimentation et les processus digestifs, lesquels transmettent ainsi par les saveurs le cycle Yang annuel des 5 Mouvements, externe, à l'organisme. Cette énergie ne se transmet pas directement au corps en tant que sang. C'est la transformation des aliments par les organes digestifs qui produit le sang, cela demande du temps. Pour qu'un repas complet soit digéré et suffisamment transformé, en sang et en énergie, il faut plusieurs heures.
Le mouvement et la qualité des énergies produites par l'alimentation sont liés à leur synchronicité avec les cycles quotidiens et saisonniers. Sur la question des horaires des repas, c'est particulièrement le cycle journalier qui est à considérer. Si l'on ne prend pas ses repas aux bonnes heures, d'un coté les organes digestifs ne peuvent plus être en phase avec l'énergie extérieure, de l'autre les énergies qu'ils produisent sont disponibles pour certaines activités alors qu'à l'extérieur, l'énergie tente d'orienter différemment l'énergie interne. Il y a désaccord entre l'intérieur et l'extérieur et donc des répercussions sur le physique et l'énergie du corps à terme.

Aussi liée à la question des horaires est celle de la quantité d'aliments à absorber à chaque repas. En effet, bien que cela puisse varier selon les types d'activités humaines, il n'est généralement pas nécessaire de faire des repas complets plusieurs fois par jour. Il y a cependant une multitude d'habitudes alimentaires, selon les pays et les cultures. En France, pays de campagne et de paysannerie, il a longtemps été considéré qu'il était bon de faire un gros repas à la mi-journée et de prendre simplement le soir ce que l'on appelait alors un souper. L'époque était autrefois à la modération, volontaire ou forcée, et les maladies liées à l'obésité ou à la surconsommation de produits plus ou moins sains étaient rares. Mais maintenant, on dispose dans les pays développés de pratiquement tous les genres d'aliments possibles, cela toute l'année et en quantités pratiquement illimitées. Peu de gens dans ces pays ont conséquemment su conserver un équilibre qualitatif et quantitatif entre les différents repas de la journée. Il n'y est pas rare d'y faire trois repas complets par jour, en toute saison, même si, pour certains occidentaux, trois œufs aux plats, deux tranches de lard, quatre pan-cakes au beurre de cacahuète et un demi-litre de lait au petit-déjeuner, cela ne peut en aucun cas être considéré comme constituant un vrai repas !

- Il est simple de mesurer si l'on mange trop, cela est généralement le cas si on éprouve le besoin de déféquer plusieurs fois par jour. Quand la quantité quotidienne d'aliments absorbés est convenable, l'évacuation des selles ne se produit normalement qu'une fois par jour, le matin, peu de temps après le réveil ou le petit-déjeuner.

- Il est simple de juger de la qualité de ses habitudes alimentaires et de connaître l'état de ses fonctions digestives, la défécation doit se faire sans efforts, les selles n'être ni trop sèches (trop de Yang dans le Yin) ni trop liquides (trop de Yin dans le Yin), et surtout ne jamais sentir très mauvais, empester.

- Il est simple de garder à l'esprit le principe conducteur des rythmes et des quantités, c'est celui de l'accord du mouvement énergétique interne avec le cycle du Yin-Yang quotidien et saisonnier.
Cette dernière proposition signifie que le processus de l'alimentation développe et soutient le Yang et l'activité le jour et au printemps et en été, et en compense et en thésaurise (l'acquis) le produit, la nuit et en automne et en hiver. Le jour est le moment de l'action, du mouvement extérieur, la nuit celui du rassemblement, de l'incorporation et du stockage, du mouvement intérieur. Au matin, quand à la deuxième heure, le méridien Ta Yin de la main est activé et que les poumons reçoivent l'énergie extérieure, le Yang interne monte ensuite à la tête et l'on se réveille. L'énergie est alors dans Yang Ming et le gros intestin, lequel restitue alors d'un coté l'énergie Yang emmagasinée, thésaurisée dans le Yin, et de l'autre se détend, permettant l'évacuation matinale des déchets. L'énergie passe ensuite au méridien de l'estomac pendant la quatrième heure (7h-9h), c'est à dire descend dans les pieds, et il est alors temps de se mouvoir à l'extérieur. L'énergie remonte ensuite à la poitrine, avec le méridien Taï Yin du pied et la cinquième heure, avant d'atteindre la tête pendant la sixième heure, alors que le Yang extérieur culmine.
L'activité corporelle s'accorde au yang externe, culminant aussi au milieu du jour avant de décroître avec le soir. L'énergie issue de l'alimentation soutien l'action quotidienne en s'accordant à l'énergie extérieure, pas en la contrariant. Cette énergie n'étant pas, rappelons-le, disponible instantanément, il n'est pas possible de se nourrir afin de pouvoir soutenir aussitôt l'effort quotidien. Donc, il faut la produire et la stocker d'abord, puis la transporter et la distribuer ensuite tout au long du jour, un peu comme le fait une batterie électrique. Cela correspond exactement à la fonction de thésaurisation du Yin, transformant la matière en énergie pour la restituer ensuite, le Yang naissant du Yin. Il convient donc que les aliments aient été consommés, digérés et stockés précédemment en quantité suffisante pour pouvoir soutenir le Yang du corps et l'activité quotidienne jusqu'au soir. C'est pourquoi il est recommandé de faire des repas complets le soir, de n'absorber que de quoi réveiller le corps et l'énergie le matin, et seulement de quoi la soutenir, l'accompagner jusqu'au soir, à la mi-journée.

Le matin, après avoir regarder dehors, fait quelques exercices et sa toilette, un bol d'un liquide chaud sans être brûlant détend les viscères et un peu de nourriture salée ou acide soutiennent le Bois et le Mouvement naissant. L'énergie emmagasinée par la digestion nocturne est alors au maximum et peut être restituée. Ceux qui se lèvent tôt ou qui font des travaux pénibles peuvent prendre un petit-déjeuner assez consistant mais sans excès, afin de soutenir le long et épuisant effort quotidien.

A la mi-journée, l'activité est alors à son plus haut niveau et il ne convient pas de détourner l'énergie interne du soutien au mouvement extérieur. C'est pourquoi le déjeuner doit être assez bref et léger, les préparations simples et les cuissons, s'il y a lieu, courtes. On privilégie alors les fibres et les fruits, le cru et le frais. Manger beaucoup mobilise l'énergie pour la digestion, et la détourne du soutien à l'action.

Le soir, alors que l'on engrange le résultat de l'activité quotidienne, le Yin emmagasiné est dissout et ne soutient plus le Yang du corps. Mais à l'extérieur le Yang décroît aussi et l'activité s'arrête alors. Le repas du soir peut alors être long et complet, rassemblant les familles ou les convives. La cuisine peut être plus sophistiquée et les cuissons plus longues, surtout pendant les saisons froides. Préserver alors soigneusement un certain vide dans l'estomac, ne pas combler totalement son appétit, permettra une digestion facile et donnera un sommeil léger, sans rêves troublants. L'énergie interne peut alors se dévouer paisiblement aux fonctions de digestion et d'assimilation, n'étant pas sollicitée à l'extérieur. Au matin les réserves de Yang sont en place et prêtes à soutenir l'activité.

En vieillissant, on digère moins les aliments verts et crus et l'abus de fibres amène la constipation. On mange alors moins de végétaux et de légumes crus, mais plutôt sautés ou un peu revenus. L'excès de sel favorise l'amaigrissement, la formation de calculs et raidit vaisseaux et articulations, cependant que l'excès d'épices fatigue le cœur. Le manque d'agrumes frais fait se rétracter les gencives et se déchausser les dents. L'excès de nourriture Yin (comme l'aubergine pour les légumes ou les produits de la mer) épuise le Yang qui reste et provoque des écoulements. L'excès de poids fatigue le cœur et favorise les infiltrations.
Les hommes doivent préserver et soutenir l'énergie des reins, de Taï Yang, du Bois et de Shao Yang, les femmes aussi celle des reins, du Feu et de Shao Yin. Pour les uns et les autres, la vieillesse n'amène pas de maladies, de sénilité, et d'impotence précoce s'ils ont sût préserver l'énergie de ces organes et fonctions au cours de leur vie.